Le professeur Hermann Simon, auteur du « best sellers » Hidden Champions, sera le « keynote speaker » de la conférence du 14 novembre « Comment devenir n°1 mondial… ? ». Le quotidien français Les Echos lui a accordé une courte interview à l’occasion de la sortie de son livre « Hidden Champions des 21 Jahrhunderts » (« Les Champions cachés du XXIe siècle »), paru en septembre chez Campus Verlag.
Dans votre livre, vous recensez en Allemagne 1.200 « champions cachés » de l'exportation, mais seulement une centaine en France. Pourquoi ?
Un « champion caché » est une entreprise qui est numéro un, deux ou trois mondial sur son marché, a un chiffre d'affaires de moins de 3 milliards d'euros et qui est méconnue du public. Sur les dix dernières années, ces « champions cachés » ont doublé leur chiffre d'affaires. Souvent, il s'agit de grosses PME basées dans des villes reculées et dont le métier est avant tout industriel, comme Scherdel, une société bavaroise qui détient 50 % de parts de marché dans les ressorts de soupapes. La France a une préférence culturelle pour les grosses entreprises et accorde un rôle très important à l'Etat. La fusion entre GDF et Suez ou les scénarios de Meccano autour d'Areva et Alstom en témoignent. L'Allemagne bénéficie en revanche d'un système politique fédéral qui donne du poids aux régions et à leur tissu industriel. Il est relativement fréquent de croiser un leader mondial dans un petit village allemand.
Quelles leçons peut en tirer la France ?
Si elle veut arrêter de créer des champions de la bureaucratie, la France peut tirer deux enseignements de ces entreprises : concentration et mondialisation. On ne peut pas être champion du monde du 200 mètres et du marathon, il faut choisir sa discipline. Les « champions cachés » de l'exportation se concentrent sur une niche. Mais, pour élargir leur marché par nature étroit, ils s'y attaquent mondialement. Et, dans la plupart des cas, ils créent leurs propres succursales pour avoir un contact direct avec le client.
Cela veut dire qu'ils deviennent gros en exportant et non l'inverse, comme certains le pensent en France ?
C'est la pire des aberrations ! Dès leur création, ces champions de l'export ont pour vision d'être leader mondial. Leur taux d'exportation atteint donc souvent 90 %... Et c'est vrai aussi bien des jeunes entreprises que des plus anciennes. Prenez Enercon, une société allemande spécialisée dans l'éolien. Elle est née en 1984 et est déjà présente dans trente et un pays, dont dix-sept avec ses propres succursales. Les « champions cachés » déposent en moyenne cinq fois plus de brevets par 1.000 employés que les gros groupes. Mais surtout leur degré d'utilisation est très supérieur. Les premiers protègent leurs inventions pour les mettre sur le marché, les seconds, très souvent pour gêner leur rival. D'autre part, ils innovent très vite, car ils sont peu freinés par des frictions internes. Un exemple spectaculaire est celui de Voith, le spécialiste des turbines hydrauliques. Il voulait se diversifier dans les locomotives. En 500 jours, il a conçu et construit sa première locomotive.
PROPOS RECUEILLIS PAR THIBAUD MADELIN – LES ECHOS – 10/10/07